|
Inscrit le:
21/12/2011
Messages:
1
|
Mon parcours:
Après des études en archéologie, j’ai entrepris une formation aux métiers de la plongée sous-marine, complétée par un diplôme universitaire en biologie et écologie sous-marine. J’ai exercé divers métiers, tous en rapport avec la mer, au sein de centres océanographiques et laboratoires de recherches en biologie marine.
Mais au fond de moi et au fil des années, ces différentes voies ne me satisfaisaient pas totalement. J’ai donc écouté, enfin, ce que me disaient sans cesse mon cœur et ma tête… Et la décision d’unir ma passion pour l’océan à l’amour que je porte à l’image s’est imposée d’elle-même, de façon impérative, comme une ultime alternative marquant un tournant dans ma vie…
Etant scaphandrier professionnel depuis longtemps, la photographie s’est naturellement révélée comme le meilleur moyen d’expression pour retranscrire et figer ma vision de cette nature océane.
J’ai par ailleurs la chance de pouvoir allier cette passion pour la photographie sous-marine à mon nouveau métier de guide naturaliste pour une compagnie de croisière spécialisée en Antarctique, ce qui me permet de découvrir des espaces où seule la nature règne sans concessions.
En qualité de naturaliste de l’équipe d’expédition, mon objectif est de transformer une simple croisière en voyage d’exception.
Ma mission est de transmettre mon expérience, ma passion pour l’Antarctique et d’éduquer le voyageur à comprendre, respecter et préserver le Continent Blanc.
Je ne cherche pas à faire des photos de type biologique ou de comportement animalier. Je veux juste que la personne qui regarde mes photos se laisse envahir par les formes, les couleurs, les structures, les textures… Qu’elle se laisse imprégner du mélange, de l’alchimie née de ces éléments pour éprouver une sensation, un sentiment, une émotion, peu importe de quel registre…
L’important c’est la puissance de cette émotion. Voilà la finalité de mon travail photographique.
J’espère donc que mes clichés déclencheront en vous une multitude d’émotions.
Journal de bord de mon expédition en Antarctique:
JEUDI 24 NOVEMBRE 2011 USHUAIA – ARGENTINE
Notre bateau est à quai face à la ville d’Ushuaia, baignée par le Soleil austral, à la croisée du canal de Beagle et du Mont Olivia.
C’est ici, en terre de feu, avant de naviguer vers l’Atlantique Sud puis la Péninsule Antarctique que les passagers vont embarquer sur leur navire d’expédition.
La majorité des passagers ont atterri le matin même en provenance de Buenos Aires.
Accueillis par des membres d’équipage à l’aéroport, ils ont pu, guidés par nos guides locaux, découvrir le centre d’Ushuaia, la rue San Martin et les fameux graffitis urbains :
“Ushuaia, fin del mundo”.
Puis après avoir goûté à la fameuse viande Argentine au restaurant Las Cotorras, les passagers ont pris la direction du parc national de la Terre de feu.
Ici, entre le lac Fagnano et la frontière Chilienne c’est l’extrême austral de la Cordillère des Andes qui s’offre à nous.
Un paysage mélangeant chaînes de montagnes, vallées glacières, lagunes, tourbières, forêt fuégienne, barrages de castors et orchidées sauvages.
A 16h00 le commandant Etienne Garcia accueille nos premiers passagers à la coupée d’embarquement.
En début de soirée, après le cocktail de Bienvenue, l’exercice de sécurité à bord, et la distribution des incontournables Parka rouge « Expédition », nous larguons les amarres direction le Grand Sud et ses mythes.
VENDREDI 25 NOVEMBRE 2011 USHUAIA- MALOUINES
08h00. Escorté par des Damiers du Cap, nous longeons les 65 kilomètres de côtes de l’île des Etats.
Jules Verne s’inspira de ces lieux pour son roman Le Phare du bout du monde, édité en 1905, peu après sa mort.
Enfin ! Nous quittons pour de bon le monde tel que nous le connaissons, pour nous jeter dans l’aventure de l’Atlantique sud et de l’Antarctique.
Une aventure qui, pour être appréciée, doit être préparée et expliquée aux passagers.
Ainsi notre journée en mer s’organise autour de réunions de sensibilisation au code de bonne conduite du visiteur en Antarctique (IAATO), aux consignes de sécurité inhérentes à l’emploi des zodiacs.
Notre équipe d’expédition dirigée par Nikolas, l’explorateur charismatique, est composée de Stéphane le géologue et directeur du centre Paul-Emile Victor, Jean-Pierre dit « Papa Baleines », Marcel le naturaliste, de moi-même, l’autre Nicolas, biologiste marin, et les ornithologues Raphaël et Agnès.
Des compétences et des personnalités diverses, une bande de passionnés des pôles et de la vie animale qui comptent bien pendant ces 18 jours transmettre aux passagers le virus des terres Australes
Juste le temps de récupérer les brassières zodiacs et de prendre une petite douche puis vient l’heure de rejoindre le théâtre pour la soirée de Gala.
C’est une coupe à la main que les passagers découvrent les membres de l’état major et profite de la bonne humeur communicative du Commandant.
Au restaurant les passagers dégustent foie gras et émulsion aux cèpes avant de gouter le Magret de canard aux dattes… En passerelle, Jean-Edouard, l’officier de quart, pointe sur la carte notre prochaine escale, notre prochaine aventure. Elle porte le nom de « Grave Cove », ce sera pour notre arrivée aux iles Falkland, les Malouines.
SAMEDI 26 NOVEMBRE 2011 LES MALOUINES
06h45. Annonce en cabine, le commandant nous réveille en douceur et porte de bonnes nouvelles : le soleil est éclatant et la température de 17 °C. Notre premier débarquement aux Malouines est sous de bons hospices.
Nous les naturalistes partons en zodiac avec l’équipe photo vidéo pour aller repérer le site de Grave Cove et organiser les opérations à terre.
La propriétaire des lieux, Marie-Paule nous accueillent sur la belle plage de sable blanc… et déjà des manchots papous semblent nous souhaiter la bienvenue.
Nous découvrirons lors de la matinée à Grave Cove des ouettes de Magellan, des cygnes de Cordoba et plusieurs colonies de manchots papous à la démarche si facétieuse.
Pour finir en beauté des dauphins de Comerson sont venus jouer avec nos zodiacs.
Pendant que nous déjeunons, nous voguons vers le Nord de l’archipel et le site de Saunders.
Le chef d’expédition, Nikolas, nous annonce une grande diversité ornithologique à observer. En effet, nous auront la chance de voir 4 espèces de manchots : manchot papou, de Magellan, royal et gorfou sauteur.
Nous pouvons également observer caracaras striés, huitriers de Garnot, skuas, canards vapeurs…
Une belle randonnée le long de la colline dominant les deux plages nous permet de découvrir une colonie d’albatros à sourcils noirs.
De belles images plein la tête et de l’eau plein les pommettes, nous regagnons le navire.
Après cette belle journée, la fatigue se fait sentir.
Dès la fin du spectacle des danseurs, le navire entier semble s’endormir.
Mais en passerelle les officiers de navigation veillent, nous avons deux jours de mer avant d’atteindre la Géorgie du Sud.
DIMANCHE 27 NOVEMBRE EN MER VERS LA GEORGIE DU SUD
09h00. La journée en mer nous donne l’occasion de parler aux passagers de nos sujets de prédilections :
Avec Jean-Pierre Sylvestre (le cétologue), nous plongeons dans le monde des cétacés. Au travers de son vécu au Japon et au Québec, il explique leur biologie. Ses connaissances, son enthousiasme et sa verve nous emportent…Il est tellement généreux que Chris, le directeur de croisière doit décaler de 15 minutes le « Récap ».
Le « Récapitulatif », étape incontournable à toute journée de croisière expédition, commence avec un survol Google Earth reprenant l’itinéraire du navire et les sites de débarquement et visite à terre.
Puis chacun d'entre nous; les naturalistes conférenciers intervenons dans nos domaines de compétences respectifs, géologie, oiseaux, mammifères marins, biologie marine, botanique…
Le Commandant lors de son annonce nous parle de la navigation : Le navire vogue à pleine vitesse, courant portant, autour des 16 Nœuds, un grand albatros nous suit fidèlement et la Géorgie du Sud se rapproche…
Cet après-midi je propose aux passager une conférence sur le Krill, cette espèce "clé de voûte" du milieu marin polaire mais pourtant méconnue. Les principaux sujets abordés sont le rôle du Krill dans la chaine alimentaire et l’acidification des Océans.
Puis ensuite séance Aspirateur pour tout le monde Ainsi en conformité avec les règles de Biosécurité en Géorgie du Sud nous avons aspiré nos parkas, sur pantalons, gants et bonnets et ceci pour limiter notre impact sur l’écosystème.
Ce soir, certains touristes à bord du bateau sont inscrits sur la liste de Marcel le naturaliste : passionné et spécialiste d’astronomie, il nous invitera peut-être cette nuit, si le ciel est dégagé, à observer les étoiles.
Avec un peu de chance nous aurons une aurore australe…
LUNDI 28 NOVEMBRE EN VU VERS SHAG ROCKS
10h20. La conférence de Agnès; la naturaliste spécialisée en ornithologie « La Géorgie du Sud, joyau de l’océan Austral » doit être interrompue : en passerelle, notre commandant nous signale la présence d’orques à l’avant tribord de notre navire.
Nous nous précipitons pour enfiler notre parka et pour arriver sur les ponts extérieurs. Le spectacle est grandiose, les orques sont une trentaine en tout. Un groupe de mâles reste à distance mais l’autre groupe composé d’une quinzaine d’individus, un grand mâle accompagné de femelles et de jeunes se rapprochent du navire.
Pendant 45 minutes ces orques vont surfer sur les vagues et jouer avec la coque du bateau, nous offrant un spectacle inoubliable.
Ce n’est que plus tard, devant son écran d’ordinateur en visionnant ses photos que Jean-Pierre dit « Papa Baleine » s’exclame à la radio : « On vient d’observer une nouvelle variété géographique d’origine inconnue ! »
Lors du « Récap » quotidien, nous apprenons, photos à l’appui prises le matin même, que ces orques présentent un melon proéminant et une petite tache oculaire blanche inédite dans le monde répertorié des épaulards.
Après les orques, ce sont les membres d’équipage qui ont la vedette. Dirigée par Rachel, la responsable boutique, ils nous proposent un défilé de mode au grand salon. Les modèles viennent de tous les services : élève machine, cabinier, hôtesse, pâtissier… L’occasion pour nous de découvrir les dernières collections vendues à bord.
Ensuite, Raphaël; l'autre "piafologue" nous parle d’« une vie de manchot » et nous rions en découvrant les subtilités de la vie en société et de la reproduction chez les gorfous macaronis ou les manchots Impériaux.
Au diner, alors que certains d’entre nous se régalent de choux pralinés, le commandant nous annonce que nous arrivons à hauteur des Shag Rocks, le sommet de l’arc de Scotia.
Ce seront les dernières terres émergées visibles avant la Géorgie du Sud…
MARDI 29 NOVEMBRE UNE JOURNEE SOUS LE SOLEIL DE GEORGIE DU SUD
08h00. Notre commandant annonce que les terres de Géorgie du Sud sont en vue, dans une heure nous pourrons débarquer sur la deuxième plus grande colonie de manchot royal de l’ile, Salisbury. Elle rassemble près de 250 000 individus !
A notre arrivée en zodiac sur la plage de sable noir, nous l’équipe d’expédition, accueillons et rappelons aux passagers les consignes de sécurité et proposons différents lieux de balade. Déjà des manchots royaux, joueurs et peu farouches, nous entourent.
Ils sont tellement comiques avec leur costume noir et blanc et leur démarche à la Charlie Chaplin.
Les otaries à fourrures sont elles aussi bien présentes mais beaucoup moins familières. Les petits, adorables, sont couvés du regard par leur maman, mais les grands mâles eux voient d’un mauvais œil notre passage impromptu sur leur territoire et ils nous le font savoir.
Le chef d’expédition Nikolas nous explique la méthode pour maintenir à distance ces animaux qui peuvent atteindre les 300 kilos et les 50 kilomètres heure : « Vous tapez dans vos mains ou si besoin vous cognez deux gros cailloux l’un contre l’autre ». Certains des passagers embarquent sur les zodiacs grâce à Raphaël qui maintient en respect un grand mâle otarie avec un bois de renne trouvé au sol !
Le catalogue des animaux observés aujourd’hui est riche : manchot royal, manchot papou, otarie à fourrure, éléphant de mer, canard de Géorgie, albatros à tête grise… mais aussi des rennes; animaux introduis par les baleiniers dans les années 1900, leur éradication vient d’être décidé par le gouvernement local et commencera l’an prochain.
15h30. La sieste fut courte, 15 minutes. Pas de regret à avoir, le ciel est toujours aussi bleu, le soleil présent et la baie de Fortuna est splendide. Nous sommes définitivement très chanceux aujourd’hui.
Deux choix s’offrent à nous : une version sport avec la marche de Sir Shackleton, le mythique explorateur, 7 kilomètres de randonnée entre Fortuna Baie et Stromness (ancienne station baleinière) ou une promenade plus calme sur la plage de « Whistle Cove».
Qu'importe quelle option fut choisie, les avis sont les mêmes à table lors du dîner: INOUBLIABLE!
Nous avons passé une journée exceptionnelle. Et demain nos aventures en Géorgie du Sud continuent.
MERCREDI 30 NOVEMBRE FAUNE, HISTOIRE ET CIEL BLEU EN GEORGIE DU SUD
20 000 miles nautiques séparent Stromness de la Baie de St Andrews. Notre navigation dans la nuit de mardi à mercredi fut courte et calme. Non seulement les conditions météos sont bonnes – soleil et températures clémentes – mais les conditions de mer sont aussi favorables. Les débarquements en zodiac en sont d’autant plus confortables.
Justement ce matin, le premier débarquement a lieu dans la Baie de St Andrews. Nous avons balisé un chemin, zigzagant entre otaries à fourrure, manchots royaux, pétrels géants et éléphants de mer ! Les mâles éléphants peuvent atteindre 6 mètres de long pour 3 tonnes et développent un nez en forme de courte trompe. L’ensemble peut paraître improbable mais dégage une réelle puissance et une forme de beauté.
La marche proposée à St Andrew nous permet d’atteindre un extraordinaire point de vue dominant la plus grande colonie de manchots royaux de Géorgie du Sud. Ce sont environ 400 000 individus qui nous offrent une explosion de couleurs, de cris, de chants… et d’odeurs !
Sur le chemin du retour, moi et Marcel mon ami costaricain guide naturaliste surveillons : nous ne devons pas marcher près des skuas qui nichent au sol.
Les passagers déjeunant au pont piscine profitent de belles vues sur les massifs et glaciers entourant le site de Grytviken.
La sortie de cet après-midi a une double consonance historique. La première tient en la présence de la tombe de Sir Ernest Shakleton, cet aventurier qui, dans la débâcle de son expédition à bord de l’Endurance, se révéla être un véritable héros. La seconde nous replonge dans l’industrie baleinière avec cette station qui rassembla jusqu’à 2 000 ouvriers et ferma au milieu des années 1960. Une grande partie des 175 000 baleines tuées en Géorgie du Sud furent dépecées et conditionnées ici, à Grytviken.
Nous visitons également la petite église qui fut importée en kit depuis la Norvège et érigée en 1913. Avant de rentrer à bord nous faisons un arrêt souvenirs dans la boutique du musée.
Nicolas, le chef d’expédition nous présente le programme pour demain : deux escales dans l’extrême sud de la Géorgie avant de nous diriger vers la péninsule antarctique.
Cette nuit la mer se lève, le commandant place le navire à l’abri pour que nous puissions passer une bonne nuit et repartir de plus beau, tôt demain matin.
JEUDI 01 DECEMBRE NOUVELLE JOURNEE DE DECOUVERTES EN GEORGIE DU SUD
07h30. Notre zodiac de naturalistes quitte le navire pour Gold Harbour. 20 minutes plus tard, le commandant nous communique notre rapport aux passagers : les conditions pour le débarquement sont bonnes, la faune est très présente. En plus de cela nous sommes chanceux puisque une fine chute de neige nous plonge dans l’atmosphère hivernale de la Géorgie du Sud après ces 2 jours de soleil.
Une fois à terre, nous retrouvons cette diversité animale qui nous émerveille : ce matin ces sont les éléphants de mer les plus nombreux. Nous assistons à des tentatives d’accouplement et des affrontements entre grands mâles. Certains jeunes, curieux, nous attendrissent en venant se prélasser sur nos sacs étanches.
Les otaries à fourrures sont plus rares mais toujours aussi nerveuses lorsqu’on s’approche d’elles. Il y a également beaucoup de chionis blancs, ces oiseaux charognards au plumage immaculé.
Enfin nous atteignons la ligne de sécurité que nous avons tracée et située juste à 10 mètres de la colonie de manchots royaux. La qualité d’observation est extraordinaire, on peut véritablement se plonger dans la vie du groupe. Les petits en duvet marron, les jeux des adultes, les chants, les survols menaçant des skuas… Parfois une jeune otarie égarée traverse un bras de la colonie et crée un sacré désordre !
La neige nous permet de mieux comprendre les conditions de vie en Géorgie du Sud, où le climat est rude et hostile.
Pendant le déjeuner « Fruits de mer », le navire vogue vers la baie de Cooper, à l’extrême sud de l’ile.
Cet après-midi, la sortie proposée est alléchante : observation depuis les zodiacs d’une colonie de gorfous macaroni. Le chef d’expédition explique au micro aux passagers qu’un débarquement à terre n’est pas réalisable en raison des trop nombreuses otaries à fourrures présentes, et notamment des grands mâles encadrant leur harem de femelles accompagnées de leurs jeunes. Tout le monde le comprend sans peine.
Nous partons donc vers cette côte complètement déchiquetée, Stéphane le géologue explique ce mélange de roches sédimentaires et volcaniques datant de 200 millions d’années. Une véritable ambiance d’ile mystérieuse saupoudrée de neige, inhospitalière, presque angoissante.
Nous empruntons d’étroits passages en zodiac, nous enfonçant entre les falaises. Quelques manchots à jugulaire semblent perdus au milieu de groupes de cormorans impériaux, les pétrels géants sont là aussi.
Je décris les algues observées; le kelp cuir, énorme mikado de spaghetti, colonise les rochers et renforce cette atmosphère empreinte d’étrangeté. Le kelp à bulle d’eau, lui, flotte à la surface et nos pilotes de zodiac, vigilants, les évitent afin de ne pas y bloquer leurs hélices.
Après une heure de balade vient l’heure de rentrer. Une fois à bord, nous découvrons notre navire fraichement décoré de parures de Noël. Guirlandes lumineuses, sapin et boules nous rappellent que nous sommes le 1er décembre… déjà !
Ce soir, le commandant annonce une nuit bercée par les éléments, le navire commence à « rouler », et les pommes – remède contre le mal de mer – sont à disposition en réception. Nous avons 1 jour de mer avant de dépasser les Orcades du Sud puis ce sera la péninsule Antarctique…
VENDREDI 02 DECEMBRE DE RETOUR EN PLEINE MER
03h48. Le soleil se lève déjà, nous naviguons dans les eaux de la mer de Scotia.
Nous avons plus de 500 Miles nautiques à traverser pour atteindre la péninsule Antarctique, la mer est bien formée et la houle qui tape sur l’avant tribord limite notre vitesse moyenne à 11 nœuds (au lieu de 15 nœuds par mer calme).
En passerelle, le commandant précise que les vents sont « Sud-ouest et montent jusqu’à 40 nœuds », les plus hautes vagues atteignant les « 5 mètres ».
Alors forcément, à bord, sur tous les ponts, tout le monde s’adapte au roulis et danse un peu. Les membres d’équipage aussi : au restaurant, les équipes dirigées par le chef et le maitre d’hôtel (pas moins de 40 membres d’équipage) exécutent une partition toute particulière. Ils sont confiants : « on a l’habitude de gérer, de bien gérer même quand ça bouge ! »
Au théâtre, en milieu de matinée, Stéphane, le géologue propose aux francophones une conférence passionnante sur la lecture de paysages en Antarctique.
Dans le même temps les anglophones profitent au grand salon de l’exposé de Jean-Pierre – dit « Papa Baleine » – consacré aux Orques.
Après avoir observé sur les ponts extérieurs de superbe Prions, oiseaux de la famille de pétrels, nous apprécions la chaleur du buffet « Caraïbes ».
16h00, Moi je fais découvrir la vie du poisson des glaces, où comment ces Notothenoïdes fabriquent leur propre antigel pour résister au froid.
En fin d’après-midi, le « Récap’ » sous forme de questions/réponses à bâtons rompus permet aux passagers de bénéficier des connaissances que nous avons en tant que naturalistes. Les sujets abordés sont multiples : la régulation des populations chez les manchots, la formation géologique des iles Sandwich du Sud, présence ou non d’insectes en Antarctique, etc.
Ce soir, après le diner, la mer semble se calmer un peu et les passagers peuvent apprécier la soirée dansante proposée au grand salon.
Nous dépasserons les Orcades du Sud demain matin…
SAMEDI 03 DECEMBRE ORCADES DU SUD EN VU
07h45 - Le commandant nous réveille en douceur : la banquise est là ! Superbe !
08h15. Thomas, un des élèves machines finit sa tournée d’inspection. Les moteurs sont soumis à rude épreuve en mer de Scotia. Les 4 groupes électrogènes Varsila tournent au maximum. Les stabilisateurs, sortes d’ailerons immergés que le commandant déploie au besoin pour limiter le roulis, sont eux fabriqués par… Rolls-Royce !
Pour diriger l’ensemble, Hugues, le chef mécanicien qui a suivi le chantier du bateau à Ancône, s’appuie sur une équipe de 15 personnes. Son travail concerne également la gestion du système « Rochem », la centrale de retraitement des eaux noires et grises. La présence à bord d’un tel système est une des conditions exigées par l’association de tours-opérateurs IAATO pour autoriser un navire de croisière à venir en Antarctique.
Ce matin, les conférences s’enchainent au théâtre, Stéphane nous donne les clés pour comprendre le paysage glaciaire puis Agnès nous parle du géant des mers : l’albatros. Depuis les ponts extérieurs, nous découvrons les Orcades du Sud à bâbord. C’est une chance inouïe de pouvoir admirer sous le ciel bleu cet archipel habituellement plongé dans le brouillard. Les oiseaux sont omniprésents. Nous pouvons observer parmi les groupes de damiers du Cap, des fulmars antarctique et quelques pétrels antarctiques.
Au déjeuner, le buffet Italien fait merveille, gnocchis Rappalo et biscotti amaretto accompagnant le cappuccino ont beaucoup de succès. Pour conclure les desserts, la nature nous offre notre premier véritable iceberg, comme tout droit sorti de nos rêves d’Antarctique. Raphaël, l’ornithologue nous explique que les petites taches noires sur le glaçon sont des manchots Adélie; nous devrions les approcher de plus près demain sur l’ile Paulet. Le chef d’expédition précise pourquoi le navire reste à distance de l’iceberg : profond de 150 mètres, il est posé sur le fond océanique donc soumis à l’érosion de la mer et à d’énormes pressions, et peut donc se fracasser à tout instant.
16h15. Notre premier tabulaire est en vue. Nous sommes comme hypnotisés par cette masse si parfaite, brute et pure. Nous abandonnons les aspirateurs de la session Biosécurité pour nous presser vers les sabords. Un épais voile blanc embrasse l’iceberg, qui se mut alors en un bateau fantôme qui nous fascine, nous attire et nous laisse béat.
Ce soir la mer est clémente, le continent Antarctique, lui, se rapproche toujours un peu plus…
DIMANCHE 04 DECEMBRE PENINSULE ANTARCTIQUE
7h45 – Le commandant lors de son annonce matinale décrit une météo typique de la péninsule Antarctique : froid, brouillard, glace… Ce matin, naviguation en Mer de Weddell. Même si nous observons de nombreux icebergs et plaques de banquise autour du navire, le chef d’expédition explique que nous sommes chanceux : la plus grande partie des glaces est restée dans le sud et ceci nous ouvre le passage au Nord-Est, voie direct vers notre destination du jour, l’Ile de Paulet.
C’est en début d’après-midi que nous prenons les zodiacs pour nous rendre sur la plage de galets de cette île volcanique, ensemble de cratères emboités, paradis des géologues, qui compte près de 90 000 manchots adélie et plusieurs milliers de cormorans impériaux et de quelques phoques de Weddell.
Jean-Pierre dit «Papa baleine » détaille l’anatomie du léopard de mer en s’appuyant sur un individu totalement momifié. Ce squelette a été colonisé par des mousses mais la dentition est restée intacte. Une vraie gueule de carnassier et une forme de crâne rappelant celle des dinosaures reptiliens.
Les promenades proposées permettent de déambuler près des colonies de manchots, des rochers à cormorans mais aussi de découvrir les vestiges de la cabane où hiverna une partie de l’équipage de « l’Antarctic », navire de l’expédition menée par le Suédois Nordenskjöld en 1901-1903.
Juste au-dessus de la cabane en ruine, un superbe lac de fond de cratère est observable. Nous sommes tôt en saison et celui-ci est encore gelé. Nous empruntons maintenant le passage Antarctic, connu pour être un cimetière d’iceberg, puis nous mettons cap Sud-Ouest pour l’ile de la Déception.
LUNDI 05 DECEMBRE ILE DE LA DECEPTION
05h30. L’île de la Déception est une caldera, c’est-à-dire un cratère volcanique effondré sur lui-même, qui a de plus été envahi par la mer (comme Santorin dans les Cyclades). Nous naturalistes, nous nous rassemblons en passerelle, les autres bateaux d’expédition présents dans cette zone annoncent que la caldera est bloquée par les glaces. La tension est palpable.
Mais c’est une île libre de glaces que découvrons. Nous aurons donc droit, pour ceux qui le souhaitent, à notre débarquement à Baily Head. Annoncé comme très sportif, ce site fut exceptionnellement confortable du fait d’une mer calme et du savoir-faire des marins accueillant les passagers sur cette plage de sable noir.
Une fois à terre, en dix minutes de marche nous atteignons la colonie de manchot à jugulaire, puis les plus motivés (une soixantaine) suivent le chef d'expé et Stéphane pour une randonnée de deux heures qui les mènera à Whalers bay via la fenêtre de Neptune.
Pendant ce temps, les autres passagers débarquent et visitent l’ancienne station baleinière.
Notre navire reste au mouillage dans la caldera pendant notre déjeuner. La banquise est formée et dense devant Telefon Bay, le commandant et nous, naturalistes, devons changer nos plans… ce sera pour le meilleur !
Cet après-midi, les passagers auront le droit de poser pied sur la banquise et, coupe de champagne à la main, d’apprécier ce moment d’exception. On observe des manchots à jugulaire et un phoque léopard, on écoute la banquise et on voit des plaques se détacher juste devant nous ! Mais tout est sécurisé et nous avons largement le temps de remonter dans les zodiacs pour trouver une nouvelle plaque !
Nous remontons tous à bord et admirons depuis les ponts extérieurs le navire fendre la banquise avec son bulbe. Le commandant se targue d’un « French Kiss » avec la glace.
Le chef d’expédition explique le programme de demain : Ile de Cuverville et Neko Harbour.
Ce sera déjà notre dernier jour en Antarctique…
MARDI 06 DECEMBRE DERNIER JOUR DE PENINSULE
06h15. Le commandant nous réveille, des orques suivent le navire dans le Canal Errera. Le navire se met au mouillage face à l’île de Cuverville. Le baron Adrien de Gerlache de Gomery, qui dirigea l’expédition « Belgica », la nomma ainsi en l’honneur d’un chef d’état-major de la marine de la fin du 19 siècle.
L’île est entourée d’icebergs et nous profiterons d’une belle navigation en zodiac avant de mettre pied à terre.
En suivant le chemin préparé par nos soins et en prenant de la hauteur, le paysage s’offre à nous, superbe. C’est un labyrinthe de glace aux teintes bleutées avec, en arrière plan, notre navire. Sur cette île, les manchots papous, déjà rencontrés aux Malouines (plus quelques uns en Géorgie du Sud) sont présents.
En reprenant les zodiacs, certains ont la chance de voir un léopard de mer chasser un manchot puis se prélasser sur un iceberg.
Vers 15h00, nous arrivons en baie d’Andvord, devant le fantastique glacier de Neko Harbor. Ce glacier recouvert de neige est impressionnant et passons l’après-midi à l’admirer. C’est Raphaël, l'assistant chef d’expé, qui accueille sur cette Terre de Graham.
Ce sont réellement nos premiers pas sur le continent Antarctique !
« Papa Baleine » est posté juste devant un phoque de Weddell endormi. Quelques mètres plus loin subsistent les fondations d’une cabane refuge soufflée par une tempête en 2009, puis c’est dans la neige que nous grimpons vers les colonies de manchot papou et, au-delà, vers un extraordinaire point de vue d’où l’on embrasse toute la baie et le glacier.
Stéphane nous explique la glaciologie et la géologie des lieux. Après avoir immortalisé le site dans nos mémoires et nos appareils photos, la descente vers la plage où attendent les zodiacs, face à cette vue de carte postale, marque nos derniers instants vécus sur le continent Antarctique.
Pendant ce temps là, moi et le chef d'expé (l'autre Nikolas) nous laissons les passagers quelques instants pour aller plonger dans les eaux de la Neko Harbor. Notre expérience sera l’objet d’une future conférence.
Ce soir, le commandant et Nikolas, le chef d’expédition, présentent les prévisions météo pour le fameux passage du Drake. Carte des vents, de la houle, choix et stratégie de navigation : tout est bien détaillé, expliqué… Notre navire va laisser passer la dépression, une nuit de répit est offerte. Mais demain sera une autre histoire !…
MERCREDI 07 DECEMBRE VERS LE DRAKE!
Ce matin nous faisons presque tous la grasse matinée. La nuit a été courte et agitée. Avec des vagues allant jusqu’à 9 mètres, malgré les stabilisateurs du navire.
Les cabiniers ont sécurisé les affaires au sol, les membres d’équipage ont eux suivis les indications du second commandant et appliqué le degré N°3 de « saisissage ». Ainsi, l’on saisi, l’on attache avec des bouts, les tables, Les chaises, les transats, les portes de placard…tout ce qui pourrait se détériorer lors de la tempête annoncée. Pour enfoncer le clou et le clin d’œil, Marcel le naturaliste propose à 10h00 un cours de matelotage. Après avoir passé la matinée à danser le Tango, quelquefois contre notre volonté, marchant vers une direction impromptue à chaque instant, le buffet Latino nous apparait parfaitement de circonstance.
Cet après-midi, Stéphane, directeur du Centre polaire Paul Emile Victor, propose deux conférences: La première est consacrée naturellement à l’ethnologue, fondateur et patron des expéditions polaires françaises et la seconde permet de mieux comprendre les enjeux géopolitiques en Antarctique et en Arctique.
En fin d’après-midi, quelques passagers courageux viennent en passerelle, là où le roulis est le plus fort, apprécier le travail de l’officier Navigation et de son élève.
18h30. Nous l'équipe de naturalistes, guidée par Nikolas, présentons un récapitulatif de notre séjour en Antarctique. L’occasion de parler plongée et vie sous marine, orques et léopard des mer et de présenter la photo que pourront gagner les passagers demain lors de la tombola : »L’équipe des naturalistes sur le bulbe du Boréal, face à la banquise de l’Antarctique ».
Ce sera lors de notre deuxième et dernière journée en mer pour notre passage du Drake.
JEUDI 08 DECEMBRE ENCORE LE DRAKE!
Ce passage mythique pour les navigateurs et autres aventuriers ne déroge pas à sa réputation; houle de 10 m, vents de 150 km/h, le bateau tape, les passagers souffrent, le temps semble arrêté...
Les pommes et les sachets papier spécial vomis fleurissent dans toutes les coursives du bateau.
Je pense aux quarantième rugissants, aux cinquantième hurlants et aux soixantième déferlants et j'ai le mal de mer...
Soudain dans ma cabine enfin plus précisément au fond de mes toilettes, ma radio VHF hurle que nous approchons de l'entrée du canal de Beagle, ce qui annonce qu'Ushuaia notre port d'escale et de fin de voyage n'est plus loin.
Bizarrement je ne ressens plus le mal de mer, cette annonce a agit sur moi telle un médicament, ce qui me permet de savourer ces derniers instants d'expédition Antarctique sur le Beagle et de me remémorer des bribes de ce voyage qui resteront en moi comme les neiges éternelles sur les montagnes de Géorgie du Sud. Je me sens bien....je suis heureux…
Récit de ma première plongée en mer Antarctique:
Je ne suis pas superstitieux ! Mais il y a des moments dans la vie où les événements semblent trop bien agencés pour qu’il n’y ait pas une sorte de volonté « divine » qui vous fasse sentir que ça y est, c’est le moment, maintenant, précisément.
Le 6 Décembre dernier, je me réveille sur le bateau par un matin gris, froid et une neige lourde tombant à gros flocons.
Il est 6 heures du matin et le thermomètre annonce un 6 degrés en dessous de zéro, normal pour un été austral.
Durant la nuit le bateau avait fait route vers une baie abritée en péninsule antarctique, prochain lieu de l’excursion proposé aux passagers.
Ma VHF crie : « … Nicolas (moi le biologiste marin de l’équipe des naturalistes) pour Nikolas (le chef d’expédition à bord)…Tu peux venir à la passerelle ?... »
Arrivant au poste du pilotage où se trouve Niko et le commandant, une discussion s’engage à trois pour voir si il nous est possible de dégager une heure ou deux pour pouvoir faire une plongée.
En effet la priorité est donnée avant tout au bien être des passagers qui doivent profiter de leur excursion journalière en toute sécurité. La plongée, elle, mobilise le chef d’expé, moi, le naturaliste et un zodiac en sécu plongée avec deux marins à bord. Autres paramètres importants que le commandant, aidé de l’expérience du chef d’expédition, doit prendre en compte, ce sont les conditions météorologiques : les courants présents dans la baie mais surtout une langue glaciaire qui « vomit » régulièrement des icebergs parfois de la taille d’un semi-remorque venant encombrer cette baie abritée.
Le commandant, seul maître à bord, prends sa décision : « vous plongerez en fin d’après-midi après l’excursion des passagers ».
Je suis tout excité par cette décision : j’attends ce moment depuis si longtemps, depuis toujours à dire vrai dans ma vie de plongeur ! Je commence fébrilement à monter le matériel de plongée. Je me force à être concentré, rien oublier, bien gréer, bien vérifier, une fois, deux fois puis une troisième. Il ne faut pas qu’un « put… » de problème technique ou d’oubli vienne gâcher ce pur moment tant imaginé, tant rêvé.
J’ai chaud, je transpire dans ma combinaison semi-étanche ; même pas peur des -1°C degré de l’eau de mer.
Je me dirige avec mon matériel de plongée sur le dos, mes palmes sous le bras et mon caisson photographique dans la main vers la marina du bateau où m’attend le zodiac.
Je traverse fièrement le bar, sous les yeux médusés des passagers revenus de leur excursion à terre qui ne comprennent pas ce que je fais dans cet accoutrement et n’imaginent même pas ce que je vais entreprendre dans quelques instants.
Ca y est ! La cagoule de ma combinaison enfilée, masque et tuba autour de ma tête, nous filons à vive allure sur le zodiac, slalomant entre les icebergs vers l’endroit repéré et … tant convoité.
Je regarde le ciel, très bas, bouché par de lourds nuages gris sombre chargés de neige. L’eau elle est lisse et d’un noir profond, j’ai l’impression de me regarder dans un miroir. Ce n’est pas un bon présage pour la visibilité sous l’eau. Nous hésitons, nous cherchons un peu plus loin mais le temps passe.
Nous nous arrêtons prés d’un imposant iceberg de la taille d’un bus qui paraît assez stable. Il a une forme de grosse cacahuète avec un large surplomb qui le parcoure dans toute sa longueur.
C’est un bon spot. J’enjambe le boudin du zodiac sans rien dire à mes partenaires, n’écoutant que les sensations de mon corps et attendant la morsure tant imaginée de l’eau glaciale sur mes lèvres nues crispées autour de mon détendeur. Je me laisse glisser, je ne peux plus reculer, ça y est, j’y suis…
Là, pas de réaction brutale m’envahissant mais une sorte de réflexe instinctif : mettre la tête sous l’eau pour voir… Je ne me souviens plus de ce que j’ai vu ou ressenti à ce moment précis.
Puis machinalement je vérifie une dernière fois mon appareil respiratoire. Et c’est au tour de mon caisson photographique de passer l’inspection : tout va bien, pas de fuite d’eau. Et surtout, je n’ai toujours pas froid.
Niko, le chef d’expé, lui, est déjà prêt ; ce n’est pas sa première plongée en Antarctique. Il me fait signe, nous vidons nos stabs, je m’enfonce, l’eau est sombre puis trouble, tout va bien. Nous atteignons le fond, mon ordinateur indique -10 mètres. Le fond est couvert de galets assez grossiers et de gros rochers couverts de buissons d’algues rouges parsemant ce décor. Je pense « c’est comme ça alors le fond ici » puis je reprends mes esprits, il faut que je fasse des photos vite, trouver des sujets, des animaux… Mais il n’y a pas grand chose ! « Shooter » les algues sur les rochers, tiens les patelles de couleur terne qui courent dessus.
Puis une alerte dans ma tête ; regarder ou se trouve Niko, la visi n’est pas bonne, je ne l’ai pas vu descendre. Je scrute, je cherche, je vois un chapelet de bulles, je nage vers lui. Il me montre quelque chose sur le fond ; une étoile de mer rouge écarlate que je m’empresse de prendre en photo. Je me focalise sur la mémorisation de toutes mes sensations, je me concentre pour photographier tout ce que je vois et je n’ai pas froid.
Nous continuons et cette fois-ci je fais attention à ne pas m’éloigner de mon binôme de plongée. La visibilité n’est vraiment pas bonne, je trouve quelle se dégrade d’ailleurs, j’augmente la puissance de mes flashs. Niko me fait signe de relever la tête et là je comprends pourquoi : soudain les ténèbres se sont faits plus intenses ; je suis sous un Léviathan des glaces, un rejeton de « papa glacier », un iceberg massif dans toute sa splendeur ; masse d’un blanc pur nuancé de toute la palette des bleus ; de l’outremer, au cyan en passant par l’électrique. C’est comme je l’imaginais.
Nous remontons de quelques mètres à sa rencontre, je suis un peu peureux, méfiant. J’attends que Niko le touche en premier. Je le prends en photo, c’est à moi, je dois le toucher à mon tour du bout des doigts comme un rite d’initiation. Soudain quelque chose viens perturber ce moment solennel : en prenant Niko en photo, j’ai dérivé sous cet iceberg et je viens de me cogner la tête. Je repasserais pour la séquence émotion…
Je continue à « shooter » tant que je peux, différents réglages d’ouverture, de vitesse, d’iso, d’angle, de puissance de flash.
Le temps passe, mon ordi indique -6 mètres. Je suis entouré de blocs de glaces, certains ont un mouvement hypnotique d’oscillation, d’autres des formes chimériques, d’autres encore sont lézardés d’éclairs couleur de cocktail à base de Curaçao saupoudrés de poussière volcanique antique.
Là, nouvelle alerte dans ma tête, mon niveau d’air, ok tout va bien. Niko est là aussi ; je lui demande si tout va bien pour lui, d’un signe de sa part je suis rassuré.
Seulement maintenant j’ai froid, l’ennemi numéro un se fait rappeler à son bon vouloir le long de mon échine mais plus violemment au bout de mes doigts. J’essaye de l’oublier, je veux continuer, trouver et prendre en photo le vol sous-marin des bancs de manchots papous se jetant sur la plage toute proche et immortaliser les joyeuses cabrioles du phoque crabier venant à notre rencontre par curiosité.
Le temps passe, j’ai de plus en plus froid, la visibilité est mauvaise et pas de rencontre exceptionnelle avec les manchots et les phoques en vu. Je regarde Niko, je n’ose pas lui dire que j’ai froid, je lui fais quand même signe de remonter à la surface, je vais voir sa réaction, ce qu’il en pense, on avisera la suite.
Ma tête crevant la frontière entre les deux mondes, je ne peux m’empêcher d’afficher un grand sourire à mon partenaire de plongée, du moins je le crois car je ne ressens plus rien au niveau du visage comme une anesthésie chez le dentiste qui se serait mal passée. En deux mots, à vrai dire en deux onomatopées, nous décidons de pousser un peu plus notre plongée. Durant cette courte communication, la fine pellicule d’eau ruisselant sur mon masque que j’ai gardé sur les yeux a fini par geler. Vite, il faut que je m’immerge encore une fois. Toujours pas de visibilité, nous nageons vers un iceberg, j’ai le sentiment que ce sera le dernier de cette plongée ; je le « shoote » et « shoote » encore mais mes doigts ne répondent plus à mes ordres lorsqu’il faut presser le déclencheur.
Je décide de remonter à la surface ; Niko me suis comme si il ne voulait pas gâcher mon plaisir de cette première plongée en Antarctique. Lui aussi à vécu ce moment de la première rencontre avec l’océan polaire, instant précieux d’une vie de plongeur, plus encore d’une vie d’homme.
Mais je suis gourmand, j’en veux toujours plus, même si je ne fais pas de supers images, même si je ne rencontre pas les manchots et les phoques : esprits des lieux…
Je me force à mettre la tête sous l’eau. Je ne sens pas le froid, du moins c’est ce que je crois ! Mes doigts eux, si : je n’arrive plus à vider ma stab en appuyant sur l’inflateur. Elle est tellement gonflée qu’elle a raison de moi : elle me maintient à la surface sans même que j’ai besoin de palmer ! Je suis prisonnier entre ces deux mondes comme en zone de transit. Puis une idée traverse mon esprit gelé, faire des photos mi air-mi eau : ça va être géant avec les icebergs aux alentours. Je « shoote » donc et « re-shoote », je prends aussi Niko et l’équipe à bord du zodiac qui me regarde faire.
Et là instinctivement je regarde mon ordinateur qui m’indique 46 minutes de temps de plongée, c’est pas mal pour une première en semi-étanche par une eau à -1°C degré.
Mes doigts m’intiment de stopper. J’ai mal…
Niko a compris, je lui envoie un « ok ! » qui met un terme à ma première plongée en Antarctique. Il remonte sur le zodiac en premier, j’hésite à le suivre et prends une dernière photo de l’iceberg que je touche une dernière fois, comme un adieu que j’adresserai à un ami.
Puis la réalité du temps à l’échelle humaine me rappelle que le bateau nous attend pour partir vers un nouveau site d’exploration de ce mythique continent Antarctique.
Sur le zodiac, pas un mot, juste une poignée de main et un sourire à Niko pour lui dire merci de cette aventure intemporelle qui restera gravée en moi à jamais.
Le zodiac file à vive allure, j’ai froid, mes mains me font atrocement mal mais je suis heureux. Vivement la prochaine plongée en Antarctique…
Nous étions le jour de la Saint-Nicolas, nous étions deux Nicolas dans un endroit en Antarctique qui porte le nom de Neko Harbor (Niko en anglais), no comment…
|